Marine Le Pen : «Les syndicats réformistes sont les idiots utiles du macronisme»

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La présidente du Rassemblement national, qui a lancé dimanche sa campagne pour les municipales, fustige la « manipulation » du gouvernement pour sortir de la crise des retraites.

La présidente du Rassemblement national, Marine Le Pen, tacle le compromis trouvé entre le gouvernement et les syndicats réformistes sur le projet de loi sur les retraites.

Ce lundi, on semble voir un début de sortie de crise avec des transports qui fonctionnent mieux. C’est une bonne nouvelle pour les Français, non ?

MARINE LE PEN. Ce qui m’intéresse, c’est la réforme en elle-même. Elle est profondément négative, les Français sont victimes d’une véritable manipulation sur la forme : proposer quelque chose d’inadmissible pour le retirer et faire passer tout le reste qui est tout aussi inadmissible. J’ai été la seule à dire très rapidement que cet âge pivot n’existait que parce qu’il avait vocation à sauter.

Si c’est une manœuvre, les syndicats réformistes qui l’acceptent en seraient les complices ?

Bien sûr! Ce sont les idiots utiles du macronisme. Ils devront en répondre auprès de leur base qui n’est probablement pas dupe. La question reste entière : cette réforme des retraites est une réforme budgétaire. Elle vise à obtenir une baisse des pensions, capter les réserves et baisser les cotisations pour l’Etat-employeur. Le tout est d’une opacité totale. Monsieur Delevoye l’a dit : ils sont dans l’incapacité de mettre en place des simulateurs individuels avant le vote de la loi. Vous avez déjà vu une fois dans votre vie une loi, qu’on vous demande de voter, sans savoir les conséquences qu’elle va avoir sur les Français? C’est inouï!

Pensez-vous que la grève doit donc continuer ?

La grève n’est pas le fait des partis politiques mais des syndicats. Chacun à sa place. Mais que les syndicats — qui ont à leur disposition le moyen de la grève — l’utilisent, ça ne me choque pas, même si je suis parfaitement consciente de l’inconvénient que ça représente pour des millions de Français. Mais ces millions de Français continuent à soutenir majoritairement la contestation. C’est le gouvernement que je tiens pour responsable exclusif des désordres actuels.


Quel sort réserveriez-vous aux régimes spéciaux ?

J’ai toujours considéré qu’il fallait qu’il y ait une convergence entre le régime général et les régimes spéciaux, mais sur un temps très long. C’est d’ailleurs ce qui a été choisi à la SNCF. Je ne suis pas de ceux qui pensent que si l’économie de la France est par terre, c’est à cause des cheminots. Ni de ceux qui, à droite, nous expliquent qu’ils sont des hyperprivilégiés. D’ailleurs, j’aimerais savoir combien de ces grands cadres LR ont envoyé leurs enfants faire une formation de cheminots si c’est si avantageux que cela… Le plus raisonnable serait que ces entreprises se dotent de conventions collectives, qu’il y ait un vrai débat entre l’Etat-actionnaire, la direction et les syndicats. Cela engloberait tout : pénibilité, temps de travail, retraite, congés…

Emmanuel Macron a parlé d’utiliser le référendum sur la question climatique. Vous vous en réjouissez sans doute…

Je suis toujours pour les référendums. Mais la vraie question que je me pose, c’est pourquoi il ouvre la possibilité d’un référendum sur le climat et pas sur les retraites. Le meilleur moyen de sortir de la crise des retraites serait d’effectuer un référendum. S’il y a un sujet qui concerne tous les Français, c’est bien les retraites.

Et pas le climat ?

Bien sûr que si. Encore faut-il que le débat soit assez long pour que la vérité émerge. Il y a un tel déversement de fake news sur le sujet : 80 % des Français pensent que le nucléaire émet du CO2 ! Un des grands débats à avoir, c’est : pour ou contre le nucléaire ? (NDLR : Marine Le Pen y est favorable). Est-ce que cela fera partie des questions ? Il faut des vrais sujets dans ce référendum et non pas des questions où tout le monde va répondre « oui », comme est-ce qu’il faut un air plus pur ? Est-ce qu’il faut préserver la biodiversité ?

Lors de votre convention municipale dimanche, vous avez adressé un message aux électeurs Les Républicains. C’est un réservoir de voix stratégique ?




L’enjeu pour nous, c’est notre capacité à élargir notre électorat au second tour de la présidentielle, et dépasser les 50 %. Nous avons trois réservoirs possibles : les déçus de la gauche – des électeurs de la France insoumise sont prêts à voter pour moi – les déçus de LR qui constatent que leur parti devient le satellite de Macron. LR devient un flotteur de la majorité macroniste, comme le PS est son flotteur gauche. Et enfin, l’immense masse des abstentionnistes qui s’étaient détachés de la politique. Ils y sont peut-être revenus grâce à la crise des Gilets jaunes, en prenant conscience que le vote est plus efficace que la seule contestation.

Selon Le Figaro, le ministre Julien Denormandie, ministre de la Cohésion des territoires, va s’engager dans une « tournée anti-RN » lors des municipales. Que lui répondez-vous ?

Le gouvernement tente le comique de répétition. Ils nous refont le coup des européennes. Pourtant, ça ne leur a pas réussi. Qu’ils fassent plutôt une tournée pour se trouver des candidats, ça leur éviterait d’être obligés d’acheter des joueurs aux Républicains.

Quel regard portez-vous sur la situation inédite de Biarritz, où deux ministres du gouvernement vont s’affronter ?

Ce gouvernement est de bric et de broc, le macronisme est un mouvement de bric et de broc. Il n’est pas sûr qu’il survive à Emmanuel Macron.

Nicolas Sarkozy est renvoyé en correctionnelle en octobre pour corruption. Vous avez souvent dit de la justice qu’elle était politique. C’est le cas, là aussi ?

Je n’en sais rien, mais je constate que toute l’opposition passe au tourniquet et que ce n’est pas un hasard. Ce que je vois, c’est qu’une juridiction d’exception a été créée avec le parquet national financier, une création de Mme Taubira dans laquelle elle a mis des gens qui lui sont proches.




Après la destruction accidentelle du Boeing ukrainien, l’Iran connaît une nouvelle vague de contestations. Le régime peut-il basculer ?

Tous les régimes peuvent s’effondrer quand ils sont totalitaires. Il n’est pas impossible que Donald Trump ait analysé cette situation avant de faire le choix qu’il a fait.

Etes-vous pour le maintien des soldats Français au Mali ?

Oui, je suis pour leur maintien. Ensuite, il faut que les gouvernements de la région, du Mali notamment, nous disent ce qu’ils veulent. Ils ne peuvent pas demander le maintien de la présence française, et dans le même temps soutenir des manifestations antifrançaises. C’est ce qu’Emmanuel Macron a fait, et il a eu raison. Son exigence de clarification est bonne, mais je le trouve timoré dans ses demandes de soutiens à l’Union européenne. Il n’y a aucune raison pour qu’humainement et financièrement, nous assumions la charge totale de ce qui constitue un engagement militaire de protection de l’Europe entière.

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