«On nous a menti depuis le début»: Agnès Buzyn, maillon faible?

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Les révélations d’Agnès Buzyn, selon lesquelles le gouvernement n’aurait pas pris la mesure de l’épidémie, ont fait l’effet d’une bombe médiatique et politique. Ces confessions contribuent à relancer la défiance au moment même où les Français sont tenus de s’en remettre aux autorités et de se confiner. Retour sur un couac.

L’exécutif se serait bien passé de son craquage. Agnès Buzyn n’en finit plus de se livrer dans la presse. Et sa dernière déclaration en date, rapportée par Le Point ce 19 mars, alimente encore l’impression que l’ex-ministre de la Santé traverse une période difficile après son échec aux municipales.

«Qui peut dire si on sera vivants ou morts? Si je ne serai pas morte?», aurait-elle lâché, selon le magazine, au sujet du report du second tour des élections municipales à six mois –ou peut-être davantage. Mais il y a plus sérieux. Trois médecins, représentant un collectif de soignants, ont porté plainte ce 19 mars contre Agnès Buzyn mais aussi contre le Premier ministre Édouard Philippe. En cause cette fois: la prémonition qu’aurait eue la ministre de la Santé de la gravité de la situation sanitaire à venir.

Dès décembre dernier, à en croire ses propos rapportés par Le Monde, la ministre, qui affirme aussi avoir prévu le «tsunami» du coronavirus, explique: «Je pense que j’ai vu la première ce qu’il se passait en Chine: le 20 décembre, un blog anglophone détaillait des pneumopathies étranges», raconte-elle.

Mais c’est cette phrase, précisément, qui est susceptible de donner une base à d’éventuelles poursuites:

«J’ai alerté le directeur général de la Santé. Le 11 janvier, j’ai envoyé un message au Président sur la situation. Le 30 janvier, j’ai averti Édouard Philippe que les élections ne pourraient sans doute pas se tenir. Je rongeais mon frein.»

L’union sacrée fragilisée en plein confinement

L’ex-ministre a-t-elle eu conscience de la portée de ces affirmations, accablantes pour le Premier ministre et Emmanuel Macron? Sur les plateaux télé, les éditorialistes sont perplexes. Christophe Barbier a ainsi souhaité que la controverse soit reportée à l’après-épidémie. «Elle aurait dû écouter son cœur de médecin plutôt que son intérêt […].

C’est incompréhensible, note le journaliste à l’écharpe rouge. Mais elle s’expliquera après, peut-être est-ce dû au choc qu’elle a subi avec cette défaite aux municipales. Il faut donc aujourd’hui préserver une forme de consensus politique contre le virus mais, d’ores et déjà, date est prise.»
Les vœux d’apaisement de Christophe Barbier ne seront sans doute pas exaucés. Un autre éditorialiste, Michaël Darmon, estime lui sur Europe 1 que «l’affaire Buzyn ne fait que commencer». De fait, le collectif de médecins qui attaque l’ex-ministre de la Santé ne mâche pas ses mots.

«Il faut hausser le ton, on nous a menti depuis le début, dit-il. Tous ceux qui ont parlé sur les plateaux de télévision depuis le mois de février en disant que c’est une grippette, je demanderais à ces gens de ne plus rien dire parce que, nous les médecins, on voyait bien ce qu’il se passait en Chine et en Italie.»

Dans l’arène politique, l’opposition a également fait savoir qu’elle n’en resterait pas là. D’autant que, sollicitée par les médias, Agnès Buzyn a confirmé ses propos tenus dans les colonnes du Monde. «C’est vrai, j’ai exprimé mon inquiétude depuis le premier jour parce que c’était mon rôle», a-t-elle alors indiqué. La présidente du Rassemblement national Marine Le Pen a ainsi qualifié les propos de l’ex-ministre d’«effarants». Le chef de file de La France insoumise Jean-Luc Mélenchon a haussé le ton, faisant savoir que qu’il était «impossible de laisser passer sans rien relever».

Boîte de Pandore

Dans ce contexte, les nuages s’accumulent au-dessus d’Agnès Buzyn alors qu’une autre polémique perce sur les réseaux sociaux, qui accusent la ministre d’avoir classé parmi les substances vénéneuses l’hydroxychloroquine, au moment où l’épidémie s’étendait en Chine.

Cette molécule, bon marché et facile à produire, fait l’objet de tous les espoirs du professeur Didier Raoult, de l’Institut hospitalo-universitaire de Marseille. Depuis le 13 janvier 2020, elle n’est plus disponible que sur ordonnance, suscitant de nombreuses accusations contre Agnès Buzyn.

Mais le timing de la procédure de classement du principe actif paraît dédouaner l’ex-ministre de la Santé. Dans un avis daté du 12 novembre 2019, l’Agence pour la sécurité sanitaire (Anses) rapporte avoir été saisie le 8 octobre précédent d’une «proposition d’arrêté portant inscription de la hydroxychloroquine sur la liste II des substances vénéneuses».

Aussi, depuis trois jours, en dépit des appels à l’unité nationale face à l’épidémie, les propos d’Agnès Buzyn produisent toujours leurs effets délétères. À un moment où l’exécutif, qui a une occasion unique de regagner la confiance des Français en se montrant à la hauteur, joue sa crédibilité dans sa lutte contre l’épidémie.

Signe que ce buzz persistant embarrasse jusqu’au sommet de l’État, Emmanuel Macron a taclé l’ancienne ministre à l’occasion d’une réunion de la cellule interministérielle de crise ce 20 mars. «Je félicite toutes celles et ceux qui avaient prévu tous les éléments de la crise, une fois qu’elle a eu lieu», a-t-il ironisé, visiblement irrité.

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