Réforme des retraites : pourquoi les Français ont raison de s’y opposer

Sourcewww.valeursactuelles.com


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Depuis le début du mouvement contre la réforme des retraites, ministres et membres de la majorité gouvernementale s’efforcent de dépeindre les opposants au projet comme des défenseurs de droits « archaïques » et de « privilèges » exorbitants qui ne bénéficieraient qu’à une petite minorité, contrevenant aux principes d’« égalité » et d’ « équité » qu’une majorité silencieuse de Français réclamerait.

Ces affirmations ne relèvent pas uniquement de la communication mise au service de la « bataille de l’opinion », dans un pays bloqué depuis plusieurs jours par les actions et les grèves, ce qui suscite une exaspération compréhensible. Elles sont aussi le symbole de l’incapacité d’admettre que l’opposition à cette réforme fait voler en éclats les clivages politiques habituels. Cette opposition a gagné l’ensemble des catégories sociales et professionnelles autour d’une inquiétude et d’un constat que les annonces d’Edouard Philippe n’ont pas remis en cause : tous les Français vont y perdre.

L’étude de l’Institut de la Protection sociale a montré que les mères de familles seront les premières touchées, avec de « sévères pertes de droits ». En Suède, dans les années 2000, une réforme des retraites animée de la même philosophie a pénalisé plus de 90% des femmes, et 70% des hommes. Un retraité sur quatre de plus de 69 ans travaille pour compléter sa pension, laquelle ne lui permet pas de vivre dignement : est-ce ce dont nous voulons en France ?

Sans avoir eu besoin de recourir aux chiffres tirés d’études et de rapports, les Français ont bien senti que les véritables fins de la réforme n’étaient pas annoncées clairement. Comment pourraient-ils croire qu’ils sortiront tous gagnants d’une réforme destinée à faire des économies ? Une martingale que le gouvernement peine bien entendu à démontrer… Comment pourraient-ils ne pas penser qu’en prenant en compte non plus les six derniers mois ou les vingt-cinq meilleures années, mais l’ensemble de la carrière, on n’aboutirait pas mécaniquement à une baisse des pensions ? Alors qu’ils payent toujours plus d’impôts et de taxes pour toujours moins de services publics, comment les Français pourraient-ils ne pas imaginer que ce « point » sur lequel seraient indexées leurs pensions ne servira pas, demain, de levier bien pratique pour baisser brutalement et globalement leurs pensions lorsque l’occasion se présentera ?

On nous présente cette réforme comme une évidence économique qui s’impose en raison d’un système de retraites en faillite : c’est faux ! Comme le rapport du Conseil d’orientation des retraites (COR) l’a montré, d’importantes réserves existent, parmi lesquelles la caisse d’amortissement de la dette sociale (CADES), et représentent une manne inespérée entre les mains des dirigeants.


A plus long terme, afin d’équilibrer notre système, la piste de la relance de l’emploi en mettant fin à la concurrence internationale déloyale et à l’assommoir fiscal qui s’abat sur les chefs de TPE-PME est une piste évidente, mais que le gouvernement ne semble pas vouloir sérieusement emprunter. Pour augmenter le nombre de cotisants actifs qui financent les pensions des retraités, à la délirante « méthode Delevoye » qui consisterait à faire entrer 50 millions d’étrangers comme il l’a suggéré, nous préférons la « méthode Orban » de relance de la natalité française.

L’angoisse qui touche nos compatriotes devant cette réforme va bien au-delà de simples calculs comptables de points, d’âge légal et d’âge pivot, de pensions, de montants et de durées de cotisations. Des dizaines de millions de Français, policiers, infirmiers, ouvriers, pompiers, artisans, routiers, commerçants, employés, travaillent dur, dans des conditions difficiles, avec des rémunérations qui ne leur permettent pas de mener la vie qu’ils souhaiteraient. La retraite est pour beaucoup d’entre eux, passé un certain âge et après une vie de labeur, une promesse, un horizon que l’on attend avec impatience, non pas pour ne plus rien faire, mais pour profiter de la vie, de sa famille, de ses enfants et ses petits-enfants avant que n’arrivent le grand âge et la maladie qui bien souvent malheureusement l’accompagne. Aspirer à la paix et se retirer d’un monde du travail rendu de plus en plus stressant, éreintant, et pour certains d’entre eux dangereux, à un âge qui permet encore d’en profiter, et avec une pension décente, ce ne sont pas là des revendications méprisables. C’est à cette espérance de millions de Français que s’attaque le gouvernement avec cette réforme injuste, pleine d’incertitudes pour leur cas personnel.

Par gêne ou par méconnaissance, peu l’évoquent dans ce débat, mais cette réforme des retraites est une injonction répétée à la France depuis plusieurs années par les instances de l’Union européenne. Plutôt que de s’y soumettre à nouveau, Emmanuel Macron, pour sortir notre pays d’un blocage préjudiciable pour tous, a entre ses mains une solution simple, efficace et démocratique : le référendum. Si cette réforme est si formidable que veut bien nous dire le gouvernement, que l’on donne donc la parole au peuple français !

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